Confessions d’une autrice qui n’écrit jamais comme prévu
Il y a la version que je raconte, et il y a la version vraie.
Dans la première, je m’installe, j’allume une lumière douce, et les mots viennent — presque sages, presque dociles. Dans la seconde, je tourne autour de la page pendant une heure avant d’écrire la première phrase. Je reconstruis l’univers dans ma tête, je fais parler les personnages sans les écrire encore, je perds un temps fou à me préparer à créer avant de créer vraiment. On pourrait croire à de la procrastination. C’est plutôt un rituel plus lent qu’il n’y paraît, une manière de ne pas se jeter dans l’histoire sans s’être d’abord assurée qu’elle est bien là, tout entière, prête à m’accueillir.
Alors voilà, sans filtre, ce qu’est vraiment une session d’écriture chez moi.
Mon moment propice aux rêves et à l’écriture
Je n’écris presque jamais le matin. J’ai essayé, par discipline, parce que d’autres autrices juraient que c’était le moment le plus fertile : chez moi, rien ne sort. Mon imagination se réveille en milieu d’après-midi et ne se couche que très tard, parfois jusqu’à deux heures du matin. Je crois que c’est le moment le plus perméable : la nuit rapproche de l’état du rêve, et je dors peu, alors la frontière entre les deux devient fine, presque poreuse.
Cependant, le lieu compte moins que je ne l’aurais cru. Mon bureau, mon lit, le canapé du salon, un coin de nature loin du bruit de la ville, tous conviennent, tant qu’il y a du silence ou, au pire, une musique pour le remplacer. La ville, en revanche, me disperse. J’y ai essayé d’écrire une fois. Échec cuisant.
Et si le lieux change, ce qui ne change jamais, c’est la boisson qui m’accompagne : un chocolat chaud l’hiver, qui détend et ouvre l’esprit à l’imaginaire, un milkshake fait maison l’été, et toute l’année, en fils conducteurs, un thé glacé à la pêche. De petits repères sensoriels qui disent au corps, avant même que l’esprit ne suive : on entre en écriture.
Ai-je des objets du rituel d’écriture ?
La réponse, est un grand OUI !
Il y a toujours des écouteurs dans les oreilles, et presque jamais de musique en français. J’ai besoin que les mots des chansons restent à distance, sinon ils se mêlent aux miens et je perds le fil. Le choix change selon la scène : une musique triste pour une scène triste, une musique épique pour l’action… La bande-son suit l’histoire, jamais l’inverse.
Et puis il y a le papier. Chaque histoire a son cahier (A5 ou A6, selon l’histoire) où j’accumule notes, idées, fragments de réflexion avant de les retranscrire, plus tard, proprement, sur l’ordinateur. Un autre petit carnet vit en permanence dans mon sac à main, pour attraper au vol tout ce qui traverse l’esprit sans prévenir : un mot, une image, une idée qui frappe à la porte au mauvais moment. Mais autrefois, il n’y avait que le papier. Puis l’ordinateur est arrivé. Aujourd’hui, je mélange les deux, et je crois que cette routine continuera de se transformer, au fil de ce que deviendra ma vie.
J’ai des pires ennemies !
Ce n’est ni la procrastination, ni le doute, ni les notifications. C’est ma famille ! Je les aime beaucoup, pourtant, ils choisissent systématiquement le pire moment pour m’interrompre. La porte de la chambre est fermée, mais elle s’ouvre quand même, sans permission, pile quand je viens enfin de démarrer, ou pile au cœur d’une scène importante. Les écouteurs dans les oreilles, plongée dans l’histoire, je ne les entends jamais venir. Je sursaute. On me demande de venir à table, ou on me pose une question qui, ailleurs, dans un autre temps, aurait pu attendre. Le fil casse, souvent pour une broutille. Et faut reprendre le rituel, pour se remettre dans l’écriture après cette interruption éphémère.
Trois histoires = trois disciplines
Je n’écris pas toutes mes histoires de la même façon. Tempête Divine est née sans aucun plan, ce qui explique pourquoi le travail de réécriture est aujourd’hui si long et si dense. Pour Dohtima, je planifie un peu, et pour mon projet de science-fiction, beaucoup plus.
Je crois que cette différence tient moins au genre littéraire qu’à l’expérience et à la maturité que j’avais ou pas, au moment où chaque histoire a commencé à exister. La SF, je l’avais déjà presque entièrement dans la tête avant d’en écrire une ligne. Les deux autres, non. Cela ne veut pas dire qu’elle restera figée : rien n’est jamais vraiment planifié pour de bon, tout peut encore bouger.
Et si à l’époque j’aurais structurer Tempête Divine ?
Je pense que je me serais bloquée. Je n’étais pas encore assez mûre, il me manquait l’expérience pour bâtir une architecture solide en amont. Alors je n’ai aucun regret. J’ai pu écrire en y prenant du plaisir, et c’est ce même plaisir que je retrouve aujourd’hui dans la réécriture, un apprentissage que je n’aurais pas eu si tout avait été prévu depuis le début. J’essaie, toujours, de voir le côté positif de chaque étape : écrire, réécrire, corriger…. Prendre du plaisir partout où c’est possible.
Face au blocage, je fuis.
Quand les mots ne viennent plus, je me lève. Si je suis seule dans la pièce, je marche, je parle toute seule, j’essaie de me glisser dans la peau d’un personnage pour retrouver sa voix. Si ça ne suffit pas, je ne force rien, je change d’histoire. J’abandonne un temps Tempête Divine pour un autre texte, et cet autre texte, souvent, débloque le premier. D’où mon habitude d’avoir plusieurs histoire en même temps pour combattre le blocage et la plage blanche.
Et c’est plus courant, qu’on pourrait le croire. Ça m’est arrivé plus de dix, presque vingt fois. Depuis le premier jet jusqu’à la dernière correction, ce détour a toujours fini par me ramener, plus libre, vers le texte que je croyais bloqué. Je me méfie de la pression : c’est elle, plus que le blocage lui-même, qui aggrave les choses.
Au-delà du texte produit, il y a ce que la routine m’offre en silence : la possibilité d’oublier, un instant, la vie réelle et ses distractions, pour me plonger entièrement dans l’imaginaire. Écrire, c’est un plaisir qui me permet de m’évader autrement, de parler de sujets, de messages qui me tiennent à cœur, avec une liberté que la parole orale ne m’offre pas toujours. Après une session, je me sens apaisée. Libre !
Si cet article vous a menée jusqu’ici, j’espère quand lisant ses lignes ça vous aurait permis de découvrir de nouvelle facette de l’autrice que je suis, de vous reconnaître dans mes détours, mes blocages, mes cahiers accumulés, ma routine d’écriture… Je souhaite que mes mots, ai rendu un peu plus humaine l’autrice de l’imaginaire qui se cache, d’ordinaire, derrière les mots du site et de mes écrits. Et ça me ferait plaisir d’apprendre aussi à vous connaitre à travers vos habitudes, vos blocages, vos réussîtes…





